Entretiens / interviews

_La photographie, une valeur refuge ? (français / english)
    - Un engouement permanent pour la photographie
    - Quelles photographies choisir
    - Quelle terminologie utilise-t-on pour les désigner ?
    - Où se procurer de telles photographie aujourd’hui, à quels prix ?



_Interview in Photographie Internationale (français / english)





_La photographie, une valeur refuge ?


    Il  n’est pas inutile en cette période économique difficile, d’analyser la situation et la place de la photographie dans le domaine de l’Art.


    - Un engouement permanent pour l’image photographique

Il suffit de fréquenter actuellement les différentes expositions pour se rendre compte de l’intérêt continuel, grandissant et permanent du medium photographique pour le grand public.
« Paris Capitale Photographique » au Jeu de Paume - Hôtel de Sully, « Robert Franck » au Jeu de Paume - Concorde, « David Lachapelle » à la Monnaie de Paris, « Controverses » à la Bibliothèque Nationale de France…

La photographie est partout, toutes les expositions des plus importants musées nationaux empruntent systématiquement ce support incontournable. Calder à Beaubourg, Andy Warhol au Grand Palais et à la Maison Rouge, « Le siècle du Jazz » au Musée du Quai Branly, etc.


    - Quelles photographies choisir ?

Mais quelles photographies constituent un trésor, une richesse, un désir ou une valeur refuge sur le marché de l’art ? Où les trouver ? Lesquelles faut-il choisir et collectionner ?

La richesse reste incontestablement les photographies historiques du XIXe siècle et du XXe siècle.

L’invention de la photographie est une révolution. Le rêve de saisir l’image est enfin réalisé.
Cette période primitive est surtout particulièrement créative, des centaines de procédés et pratiquement tous les thèmes ont été réalisés à partir de 1839. Durant un siècle, la photographie ne cessera d’évoluer et d’apporter avec les photographes voyageurs, puis les photographes reporters et artistiques, une somme de documents inestimables.

Ce sont ces images qui du fait de leur authenticité et de leur rareté, ne cessent de prendre de la valeur.

  
    - Quelle terminologie utilise-t-on pour les désigner ?

Ce sont ces photographies dite d’époque ou « Vintage »  c‘est à dire réalisées par le photographe ou sous son contrôle au moment de la réalisation du négatif d’origine.
Ou encore  les tirages dit originaux tirés par le photographe ou sous son contrôle à partir du négatif bien après la prise de vue, ces tirages sont dits aussi postérieurs ou tardifs.
L’obligation que le tirage intervienne sous la responsabilité de l’artiste implique qu’il ne soit réalisé que de son vivant. Tout tirage post-mortem devient un retirage moderne assimilé juridiquement à une reproduction.
 
Les photographies sont des multiples, les épreuves possèdent souvent le cachet du photographe, parfois une signature et sont rarement numérotées. Le fait de numéroter les photographies est intervenu suite à la législation française du 10 juin 1967 concernant le taux de TVA qui considère comme œuvre d’art originale une épreuve photographique tirée jusqu’à trente exemplaires tous formats et supports confondus, numérotée et signée par l’artiste.
Cette pratique a commencé réellement à se généraliser dans les années 1980/90, et c’est depuis une petite décennie, et surtout à l’ère du numérique qui permet de reproduire des images sans fin, que la nouvelle génération d’artistes photographes utilise le tirage limité à quelques exemplaires, numérotés et signés. Il confère ainsi un critère de rareté au même titre que les estampes signées et numérotées par les artistes après la seconde guerre mondiale.


    - Où se procurer de telles photographies aujourd’hui, à quels prix ?

Ces photographies originales ou vintages ne peuvent se trouver que chez des spécialistes, particulièrement dans les galeries qui proposent à la fois un conseil et une garantie d’authenticité.
Ces mêmes galeries qui subissent actuellement le phénomène de frilosité économique que connaissent les entreprises dans d’autres secteurs. Pourtant l’Art, dans ces périodes, devient un refuge et en particulier la photographie d’époque XIXe et XXe dont la valeur reste accessible à tous et très abordable par rapport au marché de la peinture par exemple.
Durant ces périodes, certains galeristes n’hésitent pas à pratiquer une politique de prix encore plus ciblée afin d’intéresser le collectionneur à l’achat et de ne pas négliger sa collection dans les moments difficiles, mais plutôt de la conforter.


    Plus que jamais aujourd’hui, mon rôle de galeriste et d’expert est de promouvoir un médium créatif et sensible, que chacun apprécie parce qu’il est un mode  d’expression totalement libre. La photographie originale historique a ceci d’unique qu’elle traverse les crises en les immortalisant de siècle en siècle par les prises de vue. Elle recèle bien des trésors qui lui garantiront une cote toujours forte et pérenne. C’est donc bien de crise économique qu’il est aujourd’hui question et non pas de crise de vue !


Sylvain-Gilles Di Maria – Mars 2009

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(ENGLISH VERSION)

_Photography, a safe investment?
    - A lasting craze for photography
    - Which photographs should I choose?
    - Which terminology is used to designate them?
    - Where to get these pictures today, and at what price?



    - A lasting craze for photography

We just have to look around and see how much photography interest general public : « Paris Capitale Photographique » at Jeu de Paume - Hôtel de Sully, « Robert Franck » at Jeu de Paume - Concorde, « David Lachapelle » at la Monnaie de Paris, « Controverses » at  Bibliothèque Nationale de France…
Photography is everywhere, all exhibitions displayed in the most famous museums use it : Calder at Beaubourg (Paris Museum of Modern Art), Andy Warhol at Grand Palais and at la Maison Rouge, « Le siècle du Jazz » at Quai Branly Museum, etc.


    - Which photographs should I choose?

But which photographs are desirable, a treasure, or a safe investment on Art Market ? Where can I find them ? Which one do I have to choose and collect ?
  
Undoubtedly, historical photographs from the XIXth and XXth centuries are such a treasure.

The invention of photography is a revolution. The dream of catching the moment is at last fulfilled. This primitive period is above all creative. Hundreds of processes and lots of topics were handled since 1839. For a century, through travelers and artists photographers and reporters, photography would evolve and would provide priceless documents.
The value of these images, since they are rare and genuine, will never cease to go up.


    - Which terminology is used to designate them?

These photographs are named to be “d’époque” (French word) or “Vintage”, which means that they were made by the photographer himself or under his control when was made the original negative.
Prints named to be “original” means that they were made by the photographer himself or under his control from the negative far after the shooting. These prints are also known as “postérieurs” or “Tardifs” (French word) or “posteriors”.
All prints made after the photographer’s death are legally considered as a “reproduction” (French word) or a “copy”.

Photographs are “multiples”, which means they often have the photographer’s stamp, sometimes the photographer’s signature and are rarely numbered. Number a photograph is linked to French legislation in 1967 regarding VAT. This law implements that a photograph printed thirty times maximum (all sizes and mountings taken together) is an original work of art.
But photographers mostly had begun to number their works since the 1980s/90s. And for a decade, the use of digital cameras (which allows endless copies of the same image) had made the photographers aware of the importance of numbering their photos: it makes them rare and unique, as the prints numbered and signed by the artists after World war two.


       - Where to get these pictures today, and at what price?

Only experts, mostly galleries which grant both authenticity and advice, sell original or vintage photographs.
These very galleries suffer from the same morose economic context that currently affects other businesses. However, Art in these times appears to be a safe investment, especially photographs from the XIXth and XXth centuries. Their value remains affordable by anyone and cheaper than the paint market for instance.
Besides, in such an economic period, some galleries offer a tailor-made prices policy in order to interest collectors and makes them not to neglect their collection.


More than ever now my role as an expert and gallery owner is to promote a creative and sensitive medium that everybody likes because it is a free-speech way of expression. Historical and original photography is unique since it goes through crisis by shooting them and thus immortalizing them. It harbors many treasures that will guarantee a strong and long-lasting quotation on Art market.

Sylvain-Gilles Di Maria – March 2009

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_Entretien avec Sylvain Di Maria in Photographie Internationale
(English version below)



 Après un long parcours associé, vous avez ouvert, il y a quelques années, votre propre galerie, à l’enseigne de « L’île aux Images ». Comment, à vos débuts de marchand, vous êtes-vous intéressé à la photographie et que retenez-vous de ces nombreuses années à côtoyer ce médium ?

SDM : Ma rencontre avec la photographie est née dés le début de mon activité de libraire en 1977.
 À cette période les livres et quelques importantes expositions relatant l’histoire de la photographie naissaient  et permettaient alors d’enrichir les connaissances photographiques de chacun. Il existait peu de galeries qui exposaient des photographies anciennes ou modernes. Par contre il était aisé de trouver dans les brocantes de nombreux daguerréotypes, des albums de voyages, des cartes de visites, des papiers à émulsions diverses qui vous invitaient à parfaire votre propre éducation photographique.
C’est ainsi que j’ai trouvé beaucoup de bonheur à manipuler durant toutes ces années des milliers de documents qui continuent aujourd’hui encore à susciter l’émotion de la découverte. Mais les moments les plus intenses ont été les rencontres et les échanges avec les collectionneurs tels que Roger Thérond, les conservateurs tels que Philippe Néagu et les photographes tels que Robert Doisneau à qui je rends hommage pour leur humanité et leur érudition.

L’emplacement de votre galerie, en l’Île à Paris et la configuration des locaux en font un lieu unique . Qu’est-ce que cette nouvelle vie vous apporte ?

SDM : L’emplacement d’une galerie est essentiel pour la communication avec le public. J’ai toujours choisi d’installer mes différentes galeries dans des lieux culturels et historiques. Le fort potentiel de passage permet d’analyser les réflexions, les recherches, les préoccupations du public. Je dirige en quelque sorte une galerie de « terrain », en effet les accrochages et les expositions permanentes thématiques permettent régulièrement le débat photographique.
C’est ainsi que l’on découvre une toute autre catégorie de curieux ou d’initiés qui ne fréquentent pas systématiquement les salons spécialisés, mais aiment à découvrir des endroits  insolites où se dégage un vrai rapport émotionnel à l’image. Le rendez-vous photographique que j’organise chaque année au mois de novembre autour d’une exposition de sélection de documents, permet à tous ces nouveaux adeptes de partager à cette occasion leur nouvelle passion.
En outre la magie de L’île Saint Louis se prête particulièrement à l’invitation poétique de l’image. C’est un lieu privilégié par son charme, son environnement et son identité historique. Un lieu ou les insulaires acceptent de partager leur île avec le continent. Un lieu aussi ou les touristes se transforment en photographes amateurs pour immortaliser  « L’île Saint Louis et ses fantômes » (ouvrage de 1946 réalisé avec de remarquables photographies de Remy Duval.)

Vous êtes très attaché à une photographie dite : ‘orientaliste’ et inventeur de photographes des années 30-40. Comment définiriez-vous vos goûts ?

SDM : Je suis surtout attaché à plusieurs périodes de l’histoire de la photographie et j’affectionne plus particulièrement le XIXe et la première moitié du XXe siècle. En bref voici sous forme d’étapes  historiques mes centres d’intérêt :
Tout d’abord je m’intéresse à la période primitive des positifs directs qui offraient une image unique, puis au calotype qui par sa multiplicité a révolutionné, transformé et bouleversé le monde de l’‘image’. La chimie, la technique s’affine et l’on voit apparaître une multitude de procédés fascinants. On ne peut être que subjugué par la maîtrise des photographes de la mission héliographique en 1851, par les saisissantes marines de Le Gray, les impressionnants PLM de Baldus, les paysages impressionnistes avant l’heure d’Eugène Cuvelier, de Victor Regnault, d’Henri le Secq  et les fameuses rues de Paris par Marville.
Intervient ensuite la période des photographes voyageurs qui partent photographier tous les continents. Cet âge d’or de la photographie orientale ou l’exotisme et le dépaysement fait rêver l’Occident avec les périlleuses et sublimes prises de vue de Maxime Du Camp, Felix Teynard, John B.Greene, Théophile Devaria, Francis Frith, Auguste Salzmann et bien d’autres. Les ateliers commerciaux se créent dans le monde entier et l’on voit apparaître les nombreuses photographies touristiques. C’est ensuite la découverte de L’instantané par George Eastman en 1888 qui va faire basculer les nouvelles émulsions à base de gélatino bromure et le papier argentique qui séviront pendant tout le 20e siècle.
A partir du début siècle vingtième, on ne peut que s’intéresser à la photo-Secession, ce mouvement généré en 1902 par Alfred Stieglitz en rupture avec une forme de pictorialisme sclérosé des salons Américains. Le pictorialisme tentera de répondre à la question de l’Art photographique en intervenant manuellement  sur l’image, par divers dépouillements partiels, des grattages, des effets de flou utilisant ainsi toutes sortes de matières, des encres grasses, de la gomme bichromatée, du bromoil etc. C’est d’ailleurs en réaction au pictorialisme que se crée aussitôt la photographie pure qui utilise l’objectivité, la précision, la réalité en quelque sorte l’essentiel de la modernité photographique. Ces adeptes sont Eugène Atget, Ansel Adams, Bill Brandt, Brassaï, Henri Cartier-Bresson, Charles Sheeler, Edward Weston…Enfin on ne peut échapper au mouvement Dada qui se ligue contre l’art traditionnel et le Surréalisme dont les principaux photographes Man Ray, Brassaï, Jacques André Boiffard, Dora Maar, Maurice Tabard, Raoul Ubac…bousculent de manière insolite la photographie traditionnelle avec des photomontages, des éclairages inhabituels, des rayogrammes, des perceptions nouvelles de rendre le réel étrange.
Je pourrai continuer ainsi à vous parler de l’école humaniste, du Bauhaus, du groupe des quinze, du pop art tant il y a  encore de nombreux choix possibles.

Il y a peu de temps, Willy Ronis déclarait : « La photographie vintage me met mal à l’aise, c’est une mode, un snobisme. Je me refuse à faire des tirages limités pour faire monter les prix. » En quoi la notion de vintage vous importe-t-elle ?

SDM : Les tirages d’époques appelés aussi vintages sont ceux réalisés par le photographe ou sous son contrôle au moment de la réalisation du négatif d’origine.
En conséquence, ces tirages sont très recherchés car il existe peu d’exemplaires en circulation. Il suffit pour s’en convaincre de consulter les tous derniers résultats des ventes aux enchères.
Il faut donc faire la distinction avec le tirage dit original qui est généralement un tirage ultérieur réalisé à partir du négatif original par le photographe ou sous son contrôle bien après la prise de vue. Ces tirages peuvent être signés et numérotés par le photographe.
Certains photographes telle que Henri Cartier Bresson, André Villers, Willy Ronis…  ne se prêtent pas au critère de numérotation. Cette décision appartient aux photographes et je respecte leur choix.
Actuellement le tirage original numéroté ou pas devient de plus en plus recherché et  apprécié des collectionneurs.

Vous avez créé un site "www.lileauximages.com". Qu’en espérez-vous ?

SDM : Un site est une vitrine dans le monde du Web. C’est aujourd’hui un outil incontournable et indispensable. C’est aussi et surtout un élément de travail permanent qui permet d’informer et d’être continuellement en contact avec ses clients.

Votre activité étant multiple, attachée à un support papier pourrait-on dire, gravures d’époque art nouveau, affiches d’expositions etc., que représente pour vous le livre de photographie ?

SDM : Dans mes expositions j’aime associer et mêler la gravure, la lithographie et la photographie. Ces différents procédés ont en commun la représentation de l’image traitée de manière artisanale. Vous savez que La découverte du premier document photographique imprimé en 1825 par Nicéphore Niépce est une gravure héliographique, une épreuve sur papier d’après une plaque de cuivre. Les photographes tels que Carjat et Nadar utilisaient la lithographie pour illustrer leurs portraits charges.
Nadar a dessiné dans les années 1850 plusieurs affiches dont l’une d’entre elles traitée comme un négatif photographique ou il se représente lui-même tenant les plaques de verre et projetant le titre avec une lanterne magique « Nadar Jury au salon de 1855 ».
Nadar était tout à la fois photographe, peintre, caricaturiste, affichiste et il n’a pas hésité à exploiter le médium photographique pour le mener au plus haut de son art.

 Concernant votre question sur le livre de photographies, ce dernier a une importance fondamentale puisqu’il est la bible de toute l’histoire photographique.
Au XIXe siècle, depuis l’historique et la description des procédés du daguerréotype et du diorama par Daguerre en 1839 et dés la création de l’imprimerie photographique par Blanquart-Evrard en 1851 la photographie fait un bond phénoménal et déterminant. Le public peut acquérir des albums des plus éminents photographes de l’époque.
Le début du XXe siècle a surtout été marqué par les revues Caméra Work de 1903 à 1917 créées par Stieglitz et Arts et Métiers graphiques de Charles Peignot. Le livre évolue ensuite en fonction des procédés photomécaniques comme support illustratif documentaire et aussi en tant qu’expression créative, il est aujourd’hui l’outil incontournable et complémentaire de l’objectif photographique.

Ces dix dernières années les foires de photographie et plus particulièrement les ventes aux enchères spécialisées en photographie ont pris un essor considérable. En quoi pensez-vous qu’elles participent à la reconnaissance du médium par un plus large public ?

SDM : Peut-on parler de reconnaissance, il semble qu’il est parfaitement établi que l’art photographique est omniprésent dans tous les secteurs de création et que le grand public est  de plus en plus nombreux à s’intéresser à la photographie.
Il apparaît que la tendance des ventes aux enchères fonctionne à deux vitesses, on s’aperçoit que parfois les prix s’essoufflent ou se stabilisent et que d’autres fois des records invraisemblables s’établissent. Le dernier trimestre 2005 a été particulièrement riche en rebondissement où les grandes maisons de ventes ont pu s’assurer de la valeur évidente de photographes tel que Helmut Newton, Robert Mapplethorpe, Irving Penn, Diane Arbus et Richard Avedon, Edward Weston, Horst P.Horst, Peter Beard …
On peut dire aujourd’hui que certains investisseurs deviennent de « sérieux collectionneurs ».

Contrairement aux USA où l’histoire de la photographie, même embryonnaire, est enseignée dans de nombreuses universités, la France et l’Europe sont, pour ainsi dire, dépourvues d’un tel enseignement. N’est-ce point cette lacune qui crée cette différence de perception du médium entre USA et Europe ?

SDM : En effet, il existe un énorme fossé concernant l’enseignement de la photographie entre l’Europe et les USA. Pratiquement toutes les universités américaines sont dotées d’un enseignement de la photographie. En Europe, les universités abordent cet enseignement trop souvent en sous matière de l’histoire de l’art.
Cette différence implique que les américains sont très imprégnés de cette culture photographique. Leur perception et leur connaissance du médium est tout à fait en phase avec leur dynamisme de marché.

D’une certaine manière, collectionner la photographie est un art. Quel conseil donneriez-vous à un jeune collectionneur ?

SDM : Je m’entretiens régulièrement avec les jeunes collectionneurs qui viennent consulter mes documents. Leur motivation est le plus souvent due à une réflexion personnelle, au rapport affectif que leur procure la photographie.
Je me contente donc de les guider par des explications techniques sur les différents procédés et sur l’aspect artistiques des différents mouvements photographiques.

Êtes-vous vous-même collectionneur ?

SDM : En fait de nombreux marchands sont souvent collectionneurs et font de leur passion leur métier. Je possède comme tout un chacun mon propre « cabinet de curiosités » mais je considère qu’une collection est vide si elle n’est pas partagée. C’est pourquoi mes découvertes photographiques s’affichent quotidiennement au mur de ma galerie au regard et à la disposition de tous.

Il y a dix ans, la photographie dite numérique balbutiait. Aujourd’hui, la plupart des fabricants de film ou de papier abandonnent leur production. Comment imaginez-vous l’avenir du médium ?

SDM : Souvenez-vous lors du lancement de la couleur par le procédé Kodachrome inventé aux Etats-Unis en 1935.
Tout le monde avait prédit la mort certaine du noir et blanc et pourtant…
Depuis le début de l’histoire de la photographie, cette dernière a toujours été chahutée, interpellée, questionnée et pourtant elle n’a pas cessé d’évoluer.
La photographie a créé une telle révolution culturelle de l’image, elle a permis et engendré la naissance du cinéma et de l’audio visuel.
Aujourd’hui le numérique semble sonner le glas du papier argentique, mais la photographie ne semble pas éteinte pour autant.

Y a-t-il une ou quelques photographies qui vous ont particulièrement marqué ?

SDM : Il est bien difficile de répondre à cette question tellement le choix est considérable. De nombreuses photographies ont marqué les yeux et l’esprit parce qu’elles sont la représentation d’un mouvement artistique, du photojournalisme, d’un événement historique, d’un courant photographique, d’un épisode romantique. La liste serait trop longue à énumérer et très souvent ce sont les mêmes images qui saisissent le public. Ce sont d’ailleurs ces images qui permettent de définir le style  d’un photographe et de juger aussi de son talent.
Mon dernier choc visuel a été l’exposition à la bibliothèque Nationale de l’oeuvre de Sebastião Salgado où certaines scènes sont tellement saisissantes et vraies qu’elles paraissent irréelles.

En 4e de couverture de son essai sur la photographie, Susan Sontag énonce : « Qu’écrire sur la photographie, c’est écrire sur le monde et que ces textes sont en fait une méditation prolongée sur la nature de notre modernité. » Pensez-vous que la photographie, aujourd’hui, joue encore pleinement ce rôle ?

SDM : Pour répondre à votre question j’aimerais vous citer une phrase du photographe Moholy-Nagy qui affirmait en 1928 ceci : « Les illettrés du futur ne seront plus ceux qui négligent la littérature mais bien ceux qui ignorent la photographie »
Devant la douleur des autres, les guerres, les maladies, les catastrophes où se situe la photographie ? La réponse est peut-être donnée par Roland Barthes : le besoin affectif et intellectuel de photographier reste un mode totalement libre.

Que peut-on vous souhaiter ?

SDM : Lamartine disait en parlant de la photographie : "C’est un Art, c’est mieux qu’un Art, c’est un phénomène solaire où l’artiste collabore avec le soleil."
Il faut donc souhaiter non pas à moi, mais à la photographie que la lumière du soleil brille éternellement.


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(ENGLISH VERSION)


_Interview with Sylvain Di Maria in Photographie Internationale   


 After having been an associate for a long time, you opened your own gallery, “L’île aux Images”, a few years ago. How, when you started out, did you become interested in photography and what do you retain of those many years of contact with the medium?

SDM: My encounter with photography took place as soon as I became a bookseller in 1997.
In those days it was the beginning of books and of some big exhibitions about the history of photography which enabled everyone to improve their knowledge of photography. Few galleries showed old or modern photographs. It was however easy to find many daguerreotypes, travel albums, visiting cards, papers with various emulsions which invited you to perfect your photographic education.
That is how I was very happy to handle for all those years thousands of documents which still today give the thrill of discovery. But the most intense moments were the meetings and conversations with collectors such as Roger Thérond, curators such as Philipe Néagu and photographers such as Robert Doisneau to whom I pay homage for their humanity and their knowledge.

The location of your gallery, on “l’Île” in Paris, and the layout of the premises make it unique. What does this new life bring you?

SDM: The location of a gallery is essential for communicating with the public. I have always chosen to locate my various galleries in cultural and historic places. Many people go past and one can analyse the public’s reflections, requirements and interests. One could say that I run a “grass roots” gallery as the shows and the permanent thematic exhibitions lead to a regular photographic debate.
This is the way to discover a whole new category of newcomers or old hands who don’t necessarily visit the specialised shows but who like to discover unusual places where there’s a genuine emotional relationship with the image. My yearly November photography exhibition of selected documents enables all newcomers to share their new passion.
Moreover, the magic of L’Île Saint Louis is a particularly good way to express the poetic aspect of the image. Its charm, its environment and its historic identity make it a special place and its inhabitants accept to share their island with the continent. It is also a place where tourists become amateur photographers to immortalise ‘L’île Saint Louis et ses fantômes” (a book published in 1946 with remarkable photographs by Remy Duval).

You are very close to ‘Orientalist’ photography and the discover of 30s and 40s photographers. How would you define your tastes?

SDM: I am especially fond of several periods of the history of photography and I particularly love the XIXth and the first half of the XXth Century. Briefly, here are my centres of interest in the form of historic stages:
Firstly I am interested in the primitive period of the ‘direct positives’ that offered a unique image, then the calotype, which by its multiplicity revolutionised, transformed and turned the world of the ‘image’ upside down. Chemistry and technique improved and a multitude of fascinating processes appeared. One is subjugated by the mastery of the 1851 heliographic mission photographers, by Le Gray’s amazing seascapes, Baldus’ impressive ‘PLMs, Eugene Cuvelier’s, Victor Regnault’s, Henri Le Secq’s precursory impressionist landscapes and Marville’s renowned streets of Paris.
After that, there is the period of the travelling photographers who went off to photograph all the continents. This golden age of oriental photography where exotism and a change of scene made the West dream with the perilous and sublime photographs of Maxime Du Camp, Felix Teynard, JohnB. Greene, Théophile Devaria, Francis Frith, Auguste Salzmann and many others. Commercial workshops sprung up all over the world and many tourist photographs appeared. After that, there was the discovery of George Eastman’s Snapshot in 1888 with the new gelatine-brome emulsions and silver print which were to carry on during the entire XXth Century.
Starting from the beginning of the XXth Century, there was the photo-secessionist movement that began in 1902 with Alfred Stieglitz, which broke off with a form of rigid pictorialism popular in American circles. Pictorialism tried to address the question of Photographic art by intervening manually on the image thanks to various partial stripping, scraping, blurring effects, using all sorts of ingredients, greasy inks, bi-chromate glue, bromoil, etc. In fact, it was in immediate reaction to pictorialism that pure photography was invented. It used objectivity, precision, reality which are in a way the essential elements of modern photography. The followers were Eugène Atget, Ansel Adams, Bill Brandt, Brassaï, Henri Cartier-Bresson, Charles Sheeler, Edward Weston…Finally, one cannot escape the Dada movement which fought traditional art and Surrealism and whose main photographers were Man Ray, Brassaï, Jacques André Boiffard, Dora Maar, Maurice Tabard, Raoul Ubac…and who turned traditional photography upside down with photomontages, unusual lighting, rayogrammes and new perceptions to turn reality into something strange.
I could go on like that and tell you about the humanist school, Bauhaus, the fifteen group, pop art as there are so many different choices.

A short while ago Willy Ronis declared: “Vintage photography makes me uneasy, it’s a fashion, a form of snobbery. I refuse to make limited prints to up prices.”
In which way is the notion of vintage important to you?

SDM: Old prints which are also called vintage are those made by the photographer or under his control at the moment when the original negative is made.
As a consequence, these prints are very much sought after as there are few of them on the market. To believe this you only have to look at the latest auction results.
So one must make a distinction between the so-called original print which is generally a later print made from the original negative by the photographer or under his control a long time after the photograph was taken. These prints are often signed and numbered by the photographer.
Some photographers such as Henri Cartier-Bresson, André Villers, Willy Ronis… don’t go along with the numbering criteria and I respect their choice.
Today the original print, numbered or not, is increasingly sought after and appreciated by collectors.

You have set up a Website "www.lileauximages.com". What do you hope to achieve with it?

SDM: A Website is a showcase. Today it is an unavoidable and indispensable tool. It is also especially a permanent work tool which informs and keeps one in permanent contact with clients.

As your activity is manifold, attached one could say to a paper support, engravings of the Art Nouveau period, exhibition posters, etc., what do photography books mean to you?

SDM: What I like to do in my exhibitions is to associate and mix engravings, lithographs and photography. What these different processes have in common is that the representation of the image is treated in a traditional way. You know that The discovery of the first photographic document printed in 1825 by Nicéphore Niépce is a heliographic engraving, a print on paper after a copper plate. Photographers such as Carjat and Nadar used the lithograph to illustrate their portraits.
In the 1850s, Nadar drew several posters one of which was treated as a photographic negative on which he was represented holding the glass plates and projecting the title with a magic lantern “Nadar Jury au salon 1855”.
Nadar was a photographer, a painter, a caricaturist, a poster designer and he never hesitated to use the photographic medium to lead it to the pinnacle of his art.
Concerning your question about photography books, they are greatly important as they are the bible of all the history of photography.
In the XIXth Century, from the history and the description of daguerreotype and diorama processes by Daguerre in 1839 and the creation of photographic printing by Blanquart-Evrard in 1851, photography made a phenomenal and decisive leap forward. The public could purchase the albums of the most eminent photographers of those times.
The beginning of the XXth Century was particularly marked by Stieglitz’s Camera Work reviews from 1903 to 1917 and Charles Peignot’s Arts et Métiers Graphiques. Books then evolved according to photomechanical processes as an illustrative documentary support and also as creative expression and they are today the indispensable and complementary tool of the photographic lens.

In the last ten years photography fairs and particularly auctions specialised in photography have considerably developed. In which way do you think they take part in the awareness of the medium by a wider public?

SDM: Can one talk about awareness? It appears that photographic art is omnipresent in all creative sectors and that the general public is increasingly interested in photography.

It seems that the tendency of auctions is to be two-tiered. One notices that prices sometimes lose steam or stabilise and that at other times unbelievable records are set. The last term of 2005 has been remarkably eventful and big auction houses have been left in no doubt about the obvious market value of photographers such as Helmut Newton, Robert Mapplethorpe, Irving Penn, Diane Arbus, Richard Avedon, Edward Weston, Horst P. Horst, Peter Beard,…

Today one can say that some investors are becoming “serious collectors”.

Contrary to the USA where the history of photography, even in an embryonic way, is taught at many universities, in France and Europe there is practically no such thing. Isn’t it this dearth which leads to this difference of perception of the medium between the USA and Europe?

SDM: Indeed there is an enormous gap in the teaching of photography between Europe and the USA. Practically all American universities teach photography. In Europe, universities all too often deal with it as an art history subsidiary subject. This difference implies that Americans are very much immersed in this photographic culture. Their perception and knowledge of the medium is completely on the same wavelength as their market dynamics.

In a certain way, collecting photography is an art. What advice would you give a new collector?

SDM: I regularly speak with new collectors who come to consult my documents. Their motivation is mostly due to personal reflections, to the emotion photography brings them.
So all I do is guide them with technical explanations about various processes and the artistic aspects of the different photographic movements.

Are you a collector yourself?

SDM: In fact many dealers are often collectors and make their passion their work. Like many others I have my own “curio cabinet” but I consider that a collection is futile if it isn’t shared. This is why my photographic discoveries are exhibited daily on the walls of my gallery to be seen and available to all.

Ten years ago, digital photography had only just started. Today most film or paper producers have stopped production. How do you see the future of the medium?

SDM Remember the Kodachrome colour process launch in the USA in 1935.
Everyone predicted the certain death of black and white and yet…
Since the beginning of the history of photography, the latter has always been given a hard time, challenged, questioned and yet it has never stopped progressing.
Photography created such a cultural revolution of the image, it allowed and gave rise to the birth of cinema and TV and radio.
Today digital seems to be tolling the knell for silver print, but that doesn’t mean that photography is on the way out.

Have you been affected by one or several photographs?

SDM: It is a difficult question to answer, there is such a considerable choice. Many photographs have marked the eyes and the mind because they are the representation of an artistic movement, of photojournalism, of a historic event, of a photographic trend, of a romantic episode. The list would be too long and very often it’s the same images that impress the public. It’s indeed those images that help define a photographer’s style and also judge his talent. My last visual shock was the exhibition at the ‘Bibliothèque Nationale’ on the work of Sebastiao Salgado where some of the scenes are so striking and true that they appear unreal.

On the back cover of her essay on photography Susan Sontag declared: “Writing about photography means writing about the world and these texts are in fact an extended meditation on the nature of our modernity.” Do you think that photography still plays that part today?

SDM: To answer your question I would like to cite a sentence of the photographer Moholy-Nagy who declared in 1928: “The illiterates of the future will no longer be those who neglect literature but indeed those who ignore photography.”
Facing other people’s pain, wars, diseases, catastrophes, where is photography? Maybe the answer is given by Roland Barthes: the emotional and intellectual need to photograph remains a method that is totally free.

What can we wish you?

SDM: Lamartine said about photography: “It is an Art , it’s better than an Art, it’s a solar phenomenon where the artist collaborates with the sun”.
So you mustn’t wish me anything, you must wish photography that the sun goes on shining forever.

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